Dans toute histoire, il y a un début, il y a une fin. En ce dernier jour de classe de cette année scolaire, nous avons voulu à notre manière te montrer notre affection. Tes jours sont comptés et nous savons que tu auras probablement disparu sous une chape de plomb à la fin de l'été, sarcophage de ta dernière demeure. Avec tous ceux présents en ce jour, élèves et enseignants, et comme un symbole, nous t'avons piétiné pour ton plus grand bonheur et pour te remercier pour toutes ces années.

J'entends encore le trémolo de la voix de Mme Borelly en conseil d'école retraçant ta naissance chapeautée de la cage d'écureuil. Ses enfants découvrant l'équilibre et les chutes amorties sur ta peau granuleuse.

Je revois encore l'arbre de Judée au tronc évidé se penchant sur toi pour te couvrir de ses plus beaux panaches pourpre comme une caresse maternelle. L'âge et la maladie l'ôtant de ton corps.

Je n'oublierai jamais les parties de Vroum-vroum des voitures, des quatre-quatre, des camions des petits sur les circuits accidentés.

Je me souviendrai des pyramides de billes comme une offrande aux tireurs calés à tes bordures.

Je me rappellerai des petits baigneurs se vautrant en ton lit, transformant de la tête aux pieds,en gris clair, habits, visage et mains pour le plus désarroi des mères et des machines à laver.

Je reverrai toujours les nuages de poussière des traîne-savates pour ma plus grande colère pour tous les asthmatiques.

Je me remémorerai mes élèves creusant en ton cœur, le fameux trésor de cinq cents pièces que j'y avais caché.

Depuis longtemps, nous parlions de toi et les comptes rendus des conseils d'école en retracent ton casier judiciaire. De l'avocat général, à la partie civile, la défense a toujours su rappeler tes droits, ton passé, ton portrait.

Mais le monde a changé; les normes sont venues et ont tout balayé;

En d'autres temps, d'autres mœurs, ceux qui t'ont chéri, t'abandonnent. Les enfants ont décidé, les adultes ont suivi. La mairie construira ta dernière demeure.

Sache que je ne manquerai pas de marcher sur cette plaque de béton en pensant à toi. Je revois encore mon fils Romain, si grand aujourd'hui, dans ses monticules interminables.

Et si un soir, dans le silence de la cour, à la tombée de la nuit, à l'abri des regards indiscrets, je me couche sur toi et pose délicatement mon oreille, j'entendrai , j'en suis sûr, le rire des enfants et le souffle de ta vie.

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