Pourtant que la campagne est belle !!!
11 nov. 2016J'aurais pu prendre un accent chantant les contreforts d'Aubagne où la sarriette et le thym de l'été ont laissé place aux sabots de bois claquant la tomette de la cuisine aux parfums de châtaigne dans la poêle trouée et de l'arbouse dans la marmite en cuivre des confitures d'hiver des monts cévenols, mais.... (je reprends mon souffle) je laisserai le silence m'emporter par les couleurs chatoyantes de l'automne sur une aquarelle de Marie Laurencin avec un Joe Dassin fredonnant au loin "l'été indien" dans la campagne Aubordoise.
Les pédagogues appellent cette journée une évaluation finale. D'autres, mal intentionnés, une journée perdue. Pour moi, une merveilleuse journée au milieu du patrimoine naturel local de ce village Aubord. Un moment de pur bonheur organisé par une madame Borelly dont les années ont rajeuni le corps et rallongé le pas: 12 km au bas mot pour nous tous. Merci aux plus petits d'avoir ralenti l'allure pour suivre la cadence d'une randonneuse infatigable. Certes, le paysage d'antan n'est plus. La ligne à grande vitesse en a modifié la forme, la vue et les vents. Mais avec quatre trains par jour, le silence absolu remplace le grondement incessant de la départementale.
Loin des téléphones et des images imposées, nous découvrîmes un immense champ de courgettes et de salades qui montent, des chasseurs en tenue, fiers comme Tartarin de Tarascon,chassant la galinette, et tenant en enclos un bon gros cochon heureux de discuter avec certains élèves. Mastoc, le chien du garde dans le château de ma mère est là, assis devant des chasseurs posant pour un photographe d'un autre temps.
Le château d'eau est notre repère commun et les ponts enjambant le rail deviennent les rayons d'une étoile dont le village est la place centrale. Nous avançons et la file s'étire sur des centaines de mètres. Christine en tête et Pascal, le stagiaire, ferme la marche. On chante par là. On rit par ici. D'autres font des pointes d'accélération inexplicables. Des chevaux curieux viennent à notre rencontre. Une herbe arrachée suffit au bonheur des enfants et des équidés. Mais le pique-nique est lourd et le ventre crie famine depuis le premier pas. "Quand est-ce qu'on mange ? Quand est-ce qu'on mange ?" Loin devant nous, notre guide a posé le sac. Je délivre les affamés: "on mange là-bas". Les trois cents mètres restants ne sont qu'une formalité au galop d'un cheval des plaines du Farwest. Le repas est bon. "C'est maman qui l'a préparé". Je m'inquiète: elles s'appellent toutes Intermarché. Seuls Madame Borelly et moi-même sortons notre "Tupperweare". Des vieux, on nous traite de "vieux". Ma salade maison a du mal à passer.
Nous reprenons la route et enjambons le troisième pont. Une ligne droite digne des plus grands professeurs de polytechnique coupe sans état d'âme, comme une balafre, le paysage aux contours harmonieux des ruisseaux et des terres. Rien n'arrête le progrès.
L'air frais a rendu ivre de bonheur des filles du ce1 prenant plaisir à me couper la route. Elles s'en sortent déchaussées, assises parterre dans un grand éclat de rire.
"On est bientôt arrivés" remplace le "Quand est-ce qu'on mange ?" Je ne peux m'empêcher de voir l'âne de Shrek et l'envie de devenir Shrek moi-même. Parmi les parents un "Faux Chambon" a pris place selon les ce1. Son surnom est fait. J'avais un jumeau, j'ai un faux Chambon.
Nous sommes loin et une certaine maman est perdue. Nous la rassurons. Nous passons prêts d'une camionnette blanche discrète. Son occupante doit être fatiguée. Elle dort déjà. Nous ne nous attardons pas. Nous ôtons les gilets jaunes pour éviter toute confusion. D'ailleurs, il n'y a pas un chat à l'horizon.
Les kilomètres défilent et sur la carte emmenée, nous repérons notre avancée. Le château est face à nous et il monte de plus en plus dans le ciel. La randonnée se termine. Une dernière photo. Un dernier merci aux parents qui ont eu la gentillesse d'accompagner et à notre merveilleuse guide et les élèves rentrent en classe. Même les plus agités restent silencieux et immobiles. Ils dormiront bien ce soir.