Au début, je n'ai rien compris. L'Education Nationale avait rappelé à l'ordre des grognardes napoléoniennes: Christine, mon ex-collègue et Muriel, notre maîtresse de la maternelle dans l’enceinte de l'école. Pour Christine, un ordre de mission autour du cou et des bouteilles d'eau dans les mains. Pourtant, ce n'est pas le genre de ma collègue syndiquée de se plier à un ordre de mission. Quant aux bouteilles d'eau, j'avais la berlue. Pour Muriel, sac à dos et rangers aux pieds. S'était-elle perdue ? Le chemin des mas n'est pas si loin. 

Ensuite, deux équipes: les black et les pink. Oui, une quinzaine venait à moi. Moi qui ai rangé mon sifflet ... d'arbitre cette année, je ne comprenais plus rien. Je reconnus la capitaine des AllBlack: la maman d'Anouk. J'ai sa photo dans mon bureau. Pour les Pink, certaines jouaient la ruse, des soeurs jumelles (rose et noir et, noir et rose). Le ton était donné. Odelise était de retour, en rose et noir, elle aussi . Et ma Gene, en noir et rose, me sauta au coup en me criant: "tu sais bien que je t'aime, mon titi". Moment de gène, ma Gene, devant tous ces parents ! Et enfin, Monsieur Andrieu, heureux, ravi, le téléphone rose dans la main (on reste dans les couleurs) inondait de bonheur ce préau bien sombre. Je lui demandais des nouvelles de madame, bloquée en terre étrangère... Il y a chez lui,  une philosophie bouddhiste  que j'admire... Puis, à les voir tous et toutes, avec la polaire, l'anorak, le bonnet, les gants, je m'inquiétai sur un dérèglement hormonal possible de mon corps. Heureusement, le papa de Thalia partageait la même frêle tenue que ma personne. La suite nous donna raison.  

Il ne fallait pas oublier les enfants. Excités, énervés,  exaltés, déchaînés, électrisés, enflammés... bref, je craignais le pire pour cette randonnée de 13 km. D'ailleurs, je ne sus jamais la véritable distance. Pourtant, trois mamans, spécialistes de la dernière technologie, aux lunettes de star, sur le chemin du retour, sortirent leur portable pour évaluer la distance par rapport à leurs pas. 12, 14 et 17 km. Merci du renseignement...

Enfin, nous prîmes la route en logeant la maternelle: frais, dispo, le coeur joyeux, la chanson au bout des lèvres. (Ces détails sont importants, car j'évoquerai ce passage à la fin de mon récit dans des termes différents). Le groupe marchait d'un bon pas et resta compact.  Des ventres criaient déjà "quand est-ce qu'on mange ?"  à 10h20 du matin. Il eut bien un malheureux allant visiter les vignes à maintes reprises, le sopalin à la main. Mais à part cet incident fâcheux et terrible pour lui, nous continuâmes entre terre et ciel. En bon élu, Monsieur Andrieu repéra les décharges sauvages, photo à l'appui. Beauvoisin s'offrait à nous. Un comité de chèvres nous accueillit. Nous bêlâmes, caquetâmes et paillâmes à leur cri. Notre pauvre Sopalin retrouva sa famille. Le petit village que j'eus connu il y a vingt ans, était devenu une petite ville en construction constante. Des  piliers du bar invitèrent quelques mamans mais en  leur criant "hasthag", ils retournèrent tout penauds à leur verre.

La terre promise, celle du pique-nique s'offrit à eux. Certains savourèrent. D'autres engloutirent littéralement le repas, l'emballage et le sac à dos avec. Pas fatigués pour deux sous, ils improvisèrent des jeux sous le regard ébahi de monsieur Andrieu. Une photo collective, une photo de la dreamteam, un soleil présent et généreux et nous voilà repartis pour le chemin du retour. Des bobos imaginaires joués par les plus grands acteurs que la Terre n'est jamais portés déboulèrent d'un coup. Un élu infirmier, à l'écoute d'un pauvre petit bien malade, tenta de soigner la cheville douloureuse par des massages et en le transportant. Heureusement pour eux, le directeur trouva les mots pour le réconforter: "lève-toi et marche". Quant aux adultes, attendris par les épaules fragiles des plus petits en portant 36 sacs à dos, furent rappelés à l'ordre.  Le Stage Commando , classe de découverte d'Avril 2018, avait bel et bien débuté. Une halte "fromagerie roquefort" fut improvisée pour délester des chaussures le sable accumulé. Santiago remporta la palme du triple sablier dans chaque chausse. 

Si l'aller fut un plaisir, le retour devint un calvaire pour certains. Le groupe s'étirait, s'étirait, s'étirait... Pourtant, marchant en tête, les CP, les plus jeunes de la troupe, montraient le bon exemple. Il eut le champion de la fatigue extrême dont je tairais le nom qui se couchait à chaque halte pendant que sa petite soeur, bon pied, bon oeil, frappait la cadence. 

Enfin, la vue du château d'eau en ligne de mire remit du baume au cœur. Nous repassâmes devant la maternelle. Epuisés, le pas lourd, le silence de rigueur et comme le dit si bien Vianney, "on sentait bon" la randonnée "jusque sous les aisselles". Nous retrouvâmes notre cour en remerciant infiniment Christine pour son parcours et tous les parents d'élèves. Quand à vos petits, si fatigués, un petit match de foot en décrassage: les Tolmos contre les Chambon, conclut la journée. Qui a gagné ?            

14 km à pied, ça use, ça use
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