Kho-Lanta: jour 3 (rien que de l'eau, de l'eau de pluie)
11 avr. 2018Cher Papa, Chère maman, sans téléphone, sans GPS et sans télévision, on a réussi à savoir où nous étions exactement afin que vous puissiez venir nous chercher. Nous sommes exactement au carrefour entre Le Japon, Oslo et Lannion en Bretagne. Le maillot de bain pour les bains de boue (hadaka matsuri, allez voir sur internet), la polaire, la sur-polaire et l'extra-polaire pour le froid sans oublier les bottes et le ciré breton pour la pluie sont nécessaires. Les chaussettes sont devenues communes car elles sont toutes marron. C'est l'occasion de découvrir les différents tons (délavés, sales, dégoûtants, puants, pourris et "au secours"). Le maître nous a conseillé de jeter la valise en arrivant avec tout son contenu dans la poubelle incinérable. Clément n'a pas voulu et a vidé tout son shampoing dans la valise pour nettoyer l'ensemble. La journée s'est bien passée et cela a été un plaisir de ramasser le crottin dans l'écurie. Pour s'essuyer les mains, on les frotte contre le mur, c'est plus simple et plus facile. Pour nous rassurer sur la météo, Lucie, la maman a acheté des sacs poubelles de 100 litres pour s'y mettre à trois pour se réchauffer. Des ponchos en plastique "conseil général" ont été donnés. On a eu de la chance, il y avait rupture de stock. Comme il pleut abondamment, on en profite pour travailler sur le cycle de l'eau. Ils ont décidé de tourner un reportage "en terres inconnues" à Méjannes le Clap avec Mimi Mathy. Mais, on lui déconseille parce qu'on est obligé de remonter son pyjama pour ne pas être trempé. Elle risque de s'enfoncer dans la boue. Heureusement que le crottin flotte. C'est notre radeau de la Méduse. Ah oui, j'oubliais. Le pyjama est marron aussi. Comme on va manger au centre sous la pluie avec le torrent qui coupe le chemin dans le sens de la longueur...Pour dormir la nuit, on dort à cinq dans un lit parce que la fenêtre ne se ferme pas. On a un peu froid. L'odeur de l'écurie qui remonte dans les toilettes nous remonte aussi le moral.
On est allé à la ferme. Ils avaient fermé l'entrée avec une mare gigantesque. Le maître a voulu franchir l'entrée en se tenant au piquet. Mais le piquet était bancal. Il a mis les deux pieds dans l'eau. Bien fait pour lui et pour ses cirés.
Tous les animaux s'étaient planqués. Seules les oies du Capitole nous ont reçus avec les honneurs en nous pinçant les doigts. Quel accueil ! Même les "Border Collie", pourtant si joueurs, nous ont regardé avec un oeil intrigué. C'est Aude qui nous a ouvert la baie vitrée récalcitrante. Elle est du coin, elle n'est pas de la ville. C'est le maître qui l'a dit. Il s'y connaît. Pourtant, Nicolas pensait qu'elle était de Dunkerque et qu'elle avait fait le carnaval avec lui et tous les Nicolas de là-haut. Beaucoup de gens se ressemblent... Elle est très gentille. Elle a eu pitié de nous. On a fait des écharpes. Cela peut servir. Pour l'instant, cela ne couvre qu'une oreille mais d'ici trois mois, on aura fini.
Ce soir, on a pu vous appeler. "Tout se passe bien, personne ne pleure, tout le monde est content". C'est ce qu'a dit Monsieur Chambon, à la fin du repas. IL fallait apprendre ces phrases par coeur et les répéter à son téléphone ce soir. Nicolas n'a pas mangé de salade parce que Lucie l'avait touillée. Ils "rigolent" bien tous les trois. IL n'y a qu'eux qui s'amusent. Nous, on nous oblige à tout goûter et lui, on ne lui dit rien.
Mélinda est un peu enrhumée. Heureusement qu'elle a six paquets de Sopalin. Ca sert. Demain, c'est balade le matin avec les chèvres qui nous poursuivent dans les champs d'orties. C'est quoi l'ortie exactement ! L'après-midi, Poney avec Carole. Avec elle, c'est facile, le maître lui refile nos bonbons et elle est gentille avec nous. Le soir Boum. Les filles s'inquiètent. Pourront-elles passer avec leurs talons-aiguilles dans la boue et le fleuve qui grossit de jour en jour. L'eau arrive à fleur de bottes. Oh c'est joli comme expression. Mais seulement comme expression.
Mince, le maître arrive. Je vous aime papa, maman. Bientôt la fin. Je m'en souviendrai de cette classe de recouverte de boue, de pluie et de malheurs.



