Elle l'a fait...
30 sept. 2018Elle avait souhaité ne pas en parler, de peur de ne pas réussir, de peur de ne pas y arriver.
Se lancer un pari fou qui dépasse tout entendement, loin du raisonnable, loin du concevable. Aller au delà de soi-même, de ses capacités physiques mais surtout mentales.
Quand le corps préparé à l'exploit, depuis des mois sous les chaleurs accablantes de l'été, laisse place au doute au fil des kilomètres, avançant machinalement.
L'esprit prend le relais, lui parle, se parle en secret, se bat, combat, lutte et encourage celle qui voulait entrer dans la cours des grands.
Partant inquiète et stressée sous le soleil puissant de ce matin aveyronnais, en ce 29 septembre, suivant sa course, son zénith, son déclin et sa cachette nocturne derrière les montagnes, Sophie poursuit sa route. La frontale la devance, le chemin se fait plus sombre, l'ambiance devient étrange, le froid l'envahit mais son cœur frappe dans sa poitrine la cadence à tenir.
Mais nul n'est impossible à celle qui y croit. Les mètres défilent, les kilomètres tombent. Le quart s'avale, le demi s'efface, les trois-quarts saluent, le final s'approche.
Des heures à courir, s'arrêter un instant pour embrasser ses proches sur le bord, ses collègues venus lui faire la surprise, puis repartir, continuer, ne jamais s'arrêter.
Une photo comme un symbole du dernier nombre à 2 chiffres. L'arrivée est là, toute proche. Elle entend qu'on s'agite. Les lumières de la ville deviennent projecteurs. Le goudron, tapis rouge. Les passants applaudissent, les mots la félicitent. Le cerveau libère les hormones du bonheur. Les jambes deviennent légères. La foulée s'agrandit. Les 99 km sont derrière elle. La journée est passée, dure, épuisante, éreintante, terrible, brutale, atroce. Sophie a continué. Qu'importe sa place pourvu qu'elle est l'ivresse de son immense bonheur.
La ligne est là. Et tout près, ses proches, ses amis. Quelques mètres encore d'un plaisir trop court qu'on souhaiterait éternel. Un dernier pas coupe la ligne.
Sophie vient de courir les 100 km de Millau en 12 heures. Mes respects, Madame Cislini.
