Un bon café d'un adorable ancien parent.

Un bon café d'un adorable ancien parent.

Depuis des années, voire des décennies, je passe de manière régulière devant le terrain de pétanque de la boule joyeuse avec mes élèves pour accéder au stade "Albert Roux". Saluant bien bas tous ces licenciés du club, j'impose à ma classe le silence des lieux. Une tension palpable se ressent à chaque cerceau jonchant le sol. Les scores sont serrés et les carreaux nombreux. Alignés en rang d'oignons, mes petits observent, admirent et applaudissent le geste du pro. Sur un loupé, nul ne bouge, aucun ne manifeste, nous passons notre chemin. C'est ainsi que se vit la passion de ce jeu. Et puis, je connais le poids de ces boules ferreuses, la sensibilité de certains perdants et la fragilité crânienne de mes chérubins.

Pendant toutes ces années, nous sommes passés à côté des terrains, les contournant, ne touchant une once de parcelle des jeux, de peur de modifier la trajectoire promise sous un grain de riz récalcitrant.

Parfois quand le soleil rend le fer brûlant et que l'auvent du bâti les protège par les perles de fraîcheur des bouteilles en verre de 25 cl  en guise de réconfort, je glisse toujours un petit mot, gentil et doux à cette bande d'amis. J'ose des fois demander  un petit café dans l'hiver glacial balayé par un mistral impétueux. La grand-mère d'un ancien élève devenu trop grand, a la délicatesse de m'en servir un. On parle de son Quentin et de l'avenir s'offrant à lui. Pourtant, elle n'est pas la seule. J'ai avec tous: un enfant, des petits-enfants, une famille ayant usé le fond de culotte sur les bancs de l'école. Mais seule, cette merveilleuse dame a pitié de moi. 

Et voilà qu'hier, une blonde incendiaire, surnommée casque d'or, au corps élancé, galbé, aux formes  parfaites et aux dimensions idéales recherchées par les agences de mannequinat demande un café... Voici qu'on se précipite, se hâte, se presse, s'active et se bouscule afin de lui apporter la boisson promise. Et comme cela n'était pas suffisant, on immortalise l'instant à tout jamais par un selfie.

A la vue de la photo, je n'ai pu m'empêcher de penser à cette australienne en Inde se promenant dans les rues ce 7 août 2018. Des vidéos circulent sur internet. Je vous invite à vous y rapprocher. La ressemblance est frappante...

Savoir que j'ai eu ses enfants en classe et que je n'ai jamais eu de café de sa part. Je suis anéanti. Faut-il que je porte une perruque blonde, que je rentre le ventre et que je bombe le torse, perché sur des talons aiguilles ? ... Jamais de la vie. J'ai ma fierté. 

Quand au papa, n'ayant pas eu son droit à l'image, j'ai été obligé de flouter son visage. Dommage. ..  

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