Le dernier survivant...
14 déc. 2018Ma chère Lucie, de là où je t'écris et à la lumière de la photo, tu t'imagines que je suis le dernier, le dernier de la troupe. Merci à toi de nous avoir accompagnés à la salle des maîtres. Je pensais, dès le couvercle ôté, que nous vivrions des jours heureux et paisibles. Malheureusement, des mains indélicates tachées de rouge, celui des stylos qui sanctionnent, se sont ruées sur nous. Nous avons bien essayé de lutter, mais malgré nos apparats et notre bonne mine, un par un, l'un après l'autre, mes compagnons d'infortune ont disparu dans des bouches goulues. Pouvons-nous combattre un instituteur en manque de magnésium en cette période triste, froide et aux nuits courtes ? Pas un seul pour rattraper l'autre. Les femmes, que je pensais si douces, ont été les premières à nous dévorer des yeux, à nous croquer à pleines dents. Mes copains, Lait, Noir, Blanc, Fondant, Moelleux et Cacahuète ne sont plus. Je suis le seul, le dernier et peut-être que je ne pourrai finir cette lettre pour te dire ô combien on me désire. Un homme au costume sombre et à la cravate nouée m'a pris en photo. Peut-être la dernière image que tu auras de moi. Merci pour tout l'amour que tu nous as donné mais ceux, ici, m'aiment encore plus, mais pas du même amour. Voici que j'entends des talons aiguilles frapper le sol. Une dame brune au regard sombre m'a repéré. Ton fils Louis la connaît. Elle travaille avec lui. Mince, elle m'a vu. Je suis perdu. De toutes façons, tel est le destin de tous ces chocolats de Noël qui finissent au fond d'un trou. Ne te fais pas de bile pour moi. Là où nous serons, il y en aura de la bile. Notre vengeance sera terrible, nous finirons chocolats dans un estomac qui en aura la jaunisse. Peut-être la symbolique des gilets du moment. Ma chère Lucie, j'ai quelque chose d'important à te dire, je voulais que tu saches que ....Biiiiiiiiiiiiiiiiiiip
Nous vous prions d'excuser le chocolat qui a écrit ces mots. La maîtresse l'a mangé. Signé: la Direction.
