Un peu de douceur...
Un peu de douceur...

Mardi dernier, une reine aux premières pattes d'oie au coin des yeux est partie du logis, s'exiler sur des terres nouvelles. Fidèle à ses convictions, la moitié de la colonie, comme code d'honneur, a suivi la belle.   

Introduction idyllique d'une vieillesse maîtrisée, image d'Epinal d'un monde mielleux, la réalité des apis est bien moins douce qu'il n'y paraît. Chez les abeilles aussi, quand la reine est moins féconde, il est temps pour elle de comprendre que le temps est révolu des beaux et des prétendants, d'assurer la survie de l'espèce. Les abeilles préparent le nid douillet des futures prétendantes dont la première aura tous les honneurs. 

Au nom de la beauté, au nom de la fécondité, la reine-mère s'en va. Il n'y a qu'outre-manche que la reine-mère s'accroche à son siège vissé. 

Ainsi dégagée, il est temps de trouver un lieu de villégiature. L'école, bien silencieuse en ces vacances de printemps avancées a été l'éden trouvé. 

Mais si les hommes honorent et encensent les abeilles pour leur dur labeur et leur douce récolte. Il n'est pas bon ménage que de vouloir s'installer dans la maison du savoir. Alors des hommes en blanc, non pas des sirènes hurlantes mais des enfumoirs au bec profond sont venus les déloger des combles de l'étage. 

Malgré une ruche-piège au goût suave et aux portes ouvertes, la reine dépitée par tant d'amour offert ces derniers temps refusa qu'on l'installe dans un préfabriqué à loyer modéré. La nature lui doit bien cela. C'est la branche sûre et solide à la fois d'un arbre d'une propriété voisine que reine et ses compagnons ont élu domicile en une grappe compacte. 

Mais les hommes sont insistants et l'expert désigné est venu embrasser (mettre dans les bras) reine et amis. Au jeu de la séduction, les reines sont parfois dupes et l'apiculteur imposa sa ruche comme ultime demeure. 

Si les murs sont simples, si l'habitation est quelconque, le sauveur du jour eut la bonté de lui offrir comme ultime antichambre d'une vie à procréer grands champs et vastes prairies à quelques encablures du village. La reine s'en contentera. 

En ces temps confinés, il faut parfois accepter une simple caisse de bois si la liberté s'offre à perte de vue dans le silence des fleurs printanières.     

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